
Je sue, j'ai le cou et les bras écarlates, j'ai mal à la tête et je maudis les nymphettes à la peau abricot doré qui envahissent les terrasses. Paris au mois d'août, 32° de calvaire annuel.
Heureusement, j'ai mon arme secrète, mon échappatoire où je me rends chaque été pour mieux supporter l'attente de l'hiver : le Vieux Campeur. Pas moins de vingt-huit magasins dans le quartier Latin, dont l'un, rue de Latran, est absolument indispensables à ma survie. C'est là que je me réfugie quand l'été devient trop oppressant et que le soleil me rend trop irritable.
Lorsque j'entre dans cette boutique réservée aux « vêtements de glisse », il y a d'abord la géniale odeur du blouson de ski neuf. Le blouson de ski neuf n'a pas l'odeur du vêtement neuf lambda, car le blouson de ski est constitué de matières improbables comme le Gore-Tex, le Thermolite, le Dryedge ou le Thermoceram. Puis il y a la vision de l'abondance du stock : du sol au plafond, tout l'espace est optimisé pour entreposer le plus de vêtements possible, tout en maintenant une ambiance très Courchevel, avec murs et étagères en bois. On peut dès lors observer la première manifestation de mon bonheur retrouvé : un large sourire niais. Comme je vais toujours seule dans ce magasin, je dois avoir l'air particulièrement cruche.
Ensuite, ma récréation se poursuit par l'observation minutieuse des vêtements. Il convient de porter un blouson de ski chaud, imperméable, aux couleurs non-criardes, et qui ne donne pas une allure de bonhomme Michelin. Le très large choix du Vieux Campeur permet de trouver le blouson idéal. Voire plusieurs blousons idéals. Commence alors une séance d'essayage frénétique: j'enfile à tour de bras les blousons d'hiver, en plein milieu du magasin, relativement vide à cette période. Si l'envie me prend d'essayer des pantalons, je vais dans les cabines d'essayage. Une fois emmitouflée dans mes vêtements de Pôle Nord, je sens le crépitement des carres sur la neige, et je suis bien.
La chaleur me rappelle très vite à la réalité. Je me réadapte aux conditions climatiques détestables, et je finis mon tour par un long arrêt devant la vitrine du magasin de la rue du Sommerard, l’atelier d’entretien des skis. Comme les enfants devant les vitrines de Noël, je reste plantée béatement. Parfois il y a un monsieur qui farte, alors je reste jusqu'à qu'il ait terminé.
Dans ma tête, le compte à rebours jusqu'à l'ouverture des stations commence officiellement."
Ceci est mon dernier devoir de stylistique.
Le module s'est terminé aujourd'hui.
Fini, le 14h-18h du mercredi à écrire.
Laissez-moi pleurer en paix.
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